LE MUR    écrire un journal lycéen

IDENTITE.

Un journal lycéen depuis février 1986. 16 années d’actions d’écriture, de publications et de projets. 122 éditions, hebdomadaires et photocopiées à l’origine, mensuelles puis bimestrielles avec un imprimeur depuis longtemps déjà. Une équipe autour des 250 lycéens et étudiants bijoutiers, quelques milliers d’élèves concernés si on ajoute ces 17 années scolaires. Au-delà des chiffres, au-delà du produit lui-même, au-delà de sa reconnaissance tant par les institutions que par les professionnels, ce sont bien évidemment les apports du projet qui nous intéressent. C’est l’outil pédagogique, constitutif du projet d’établissement et à l’origine de l’ouverture européenne du lycée, qui est l’objet de notre attention.

le lycée.

Centre de la France. Une ville de 12 000 habitants dans laquelle se sont développées des entreprises de bijouterie, fabricants de chaînes en or, au début du vingtième siècle. Le lycée est un lycée professionnel qui accueille 550 lycéens et étudiants, dont 250 dans les métiers du bijou. Les autres secteurs de l’établissement concernent une section hôtelière (BEP), un secteur commercial (BEP et Bac Pro), une section Maintenance (BEP) et une classe de troisième technologique. Notre projet est en relation directe avec le secteur professionnel de la bijouterie et couvre l’ensemble des classes (CAP, BMA, DMA). Nos élèves sortent de collège (troisième) pour préparer en deux ans un CAP de bijouterie, joaillerie ou bijouterie fantaisie, ils peuvent poursuivre en BMA, Brevet des Métiers d’Art et Joyaux pendant deux ans, et depuis cette année, envisager une poursuite d’études supérieures en DMA (équivalent BTS) Diplôme des Métiers d’Art, pendant deux ans également. Le recrutement est national, les élèves de l’équipe viennent de toute la France, 50% d’entre eux, les plus jeunes, vivent à l’internat, les autres généralement dans des appartements en location dans la ville.

le journal lycéen.

Créé en 1986 par la volonté de lycéens internes de s’exprimer davantage, et soutenu dès l’origine par des enseignants convaincus que le rejet systématique des disciplines culturelles et d’enseignement général en lycée professionnel n’est pas une fatalité. " Le Mur " est ainsi nommé comme " support d’expression libre, de graffitis ou de tags ", et comme moyen de " faire le mur " de l’école ou de l’internat pour travailler avec l’extérieur, avec le monde qui entoure l’école et en particulier le milieu professionnel du bijou et des métiers d’art.

le projet d’établissement.

Très rapidement, le Mur décline des objectifs pédagogiques qui serviront de matrice au projet d’établissement. Quatre axes pédagogiques se développent en inter-relation : favoriser l’expression et la communication, susciter une motivation scolaire et citoyenne, renforcer l’autonomie dans les apprentissages, et développer les relations avec le monde extérieur. Ces quatre directions de travail permettront au journal d’évoluer et de s’adapter en permanence.

un projet à caractère professionnel.

La fréquente démotivation des élèves pour l’enseignement général en LP est rapidement remise en cause lorsqu’on ose utiliser des outils pédagogiques un peu différents, parfois diversifiés, souvent pluridisciplinaires et en relation permanente avec le " leitmotiv " du lycéen, l’apprentissage du métier, en l’occurrence le domaine du bijou. Très rapidement, Le Mur s’est doté de cette identité et la ligne éditoriale du journal demeure sans équivoque en relation étroite et permanente avec le monde du bijou, c’est-à-dire la raison première d’être là, dans ce lycée professionnel pour les élèves de l’équipe. Le caractère professionnel du projet ne renferme pas le journal ni nos activités sur le domaine technique pour autant, au contraire, il sert de vecteur et de levier fantastique pour aborder avec motivation tous les sujets de la vie contemporaine, culturels, artistiques, citoyens, européens, sociaux, économiques…

un projet inter-disciplinaire.

Le décloisonnement de nos disciplines était une évidence, et reste un atout majeur dans chacune de nos actions. L’équipe de coordination générale du journal est non seulement pluridisciplinaire, enseignants de lettres, d’histoire, de maths, de bijouterie, de gemmologie, d’éducation physique, d’art appliqué, d’histoire de l’art… mais intègre très naturellement d’autres membres de la communauté scolaire, conseillères principales d’éducation, infirmière, assistante sociale, documentaliste, surveillants, secrétaires, agents, intendante ou chef des travaux.

les actions du journal lycéen.

Le travail sur l’écriture, sens premier et majeur de nos actions, s’inscrit en continuité sur l’année scolaire, les impératifs et les exigences de publication renforçant le devoir de réussir, et la recherche de qualité de l’écrit, puisqu’on écrit dorénavant pour être lu, lu par des gens que l’on connaît, et par d’autres, lecteurs anonymes ou lointains qui vont nous connaître par cette simple lecture. L’écriture comme moyen de transmettre une expérience sur le terrain, un vécu personnel ou collectif, un reportage en France ou à l’étranger, une conférence, une rencontre, une émotion… Les équipes partent ainsi en reportage tout au long de l’année scolaire grâce à deux minibus 9 places attribués par notre Conseil Régional. Ces actions sont libres, chacun des 250 élèves peut participer ou non dans l’année scolaire à un ou plusieurs reportages, en fonction de ses désirs, de ses besoins, de son projet personnel et professionnel. D’autres actions, dites " actions-classes " s’étendent à l’ensemble des élèves d’une ou de plusieurs classes et sont intégrées dans le temps scolaire, conférences, grands reportages…

la vie du journal lycéen.

La structure associative du journal s’est depuis toujours construite sur un travail en " côte à côte " avec l’élève, sur des décisions partagées et discutées, sur des relations permanentes en dehors du temps scolaire. La salle du journal est ouverte à tous en quasi-continuité sur la journée, les récréations, les inter-classes, la pause d’après le déjeuner sont autant de moments hors scolaires où lycéens et enseignants se retrouvent systématiquement. La salle des profs est depuis longtemps désertée, et la cour de récréation où l’équipe vend le café et le thé par la fenêtre du local du journal s’est rapidement imposée comme un espace de coordination et de relations spontanées fondamental dans le fonctionnement permanent de nos actions et autrement plus stimulant qu’un espace clos à l’abri de toute présence d’élèves.

le développement européen.

En 1992, l’équipe du journal se cherche des correspondants à l’étranger, l’Europe se construit à Bruxelles, et les premiers programmes communautaires en matière d’éducation apparaissent. Le Mur décide alors de choisir ses correspondants en tant qu’écoles de bijouterie dans les pays de l’Union Européenne, mais aussi ailleurs dans le monde et de développer à nouveau ses activités d’écriture en relation avec notre domaine professionnel commun, les métiers du bijou. Deux assemblées générales fondatrices en France dans notre lycée donnent naissance à notre association européenne, le PLE " Parlement Lycéen Européen des écoles de bijouterie et presse lycéenne ". L’objectif fédérateur est de développer toutes activités transnationales dans les domaines de la bijouterie et de la presse lycéenne entre les délégations. L’association compte aujourd’hui 24 écoles, dans l’Union Européenne, Allemagne, Belgique, Ecosse, Espagne, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, en dehors de l’Union, Chypre et Lettonie, et des membres représentants les autres continents, au Canada, en Côte d’Ivoire et au Pérou. Chaque année, au mois de mai, une assemblée générale se tient dans l’un des pays membres, où se préparent et s’évaluent les projets et les actions de l’année scolaire : reportages à l’étranger, stages en entreprises, expositions européennes, concours d’écriture, de dessins et de bijoux, pages éditoriales européennes du Mur… Les programmes éducatifs de l‘Union Européenne " Socrates – Comenius " et " Leonardo " soutiennent régulièrement une partie de ces projets.

écriture européenne : des mots et des bijoux.

La diversité de nos activités nous conduit d’une part à approfondir les liens entre nos objectifs d’écriture, de citoyenneté, du domaine professionnel et d’ouverture européenne. D’autre part, notre conviction pédagogique de l’intérêt de prendre comme appui la nouvelle motivation de nos élèves suscitée par l’enseignement de leur métier, pour la décliner par l’écriture dans les domaines culturels, citoyens et européens a été renforcée par le constat de ce même intérêt auprès de nos partenaires à l’étranger. " Des mots et des bijoux " est ainsi un nouvel axe du projet qui mettra en inter-relation permanente l’écriture et le domaine professionnel, associant toute création par les mots, le dessin et la technique de bijouterie. " Bijoutiers Sans Frontière " est une autre direction dans le domaine de l’écriture et la citoyenneté européenne qui émerge du constat que le développement d’une politique d’éducation à la citoyenneté dans un établissement scolaire ne peut qu’être renforcé par un projet constant, concret et fédérateur avec des partenaires extérieurs. Le lycéen est ainsi placé comme un acteur du projet et non pas spectateur d’un discours moralisateur et ponctuel. Ce constat a été établi avec nos 22 partenaires de l’association européenne d’écoles de bijouterie lors de l’assemblée générale de Porto en mai 2002.

POURQUOI écrire un journal lycéen ?

motivation pour l’écriture. écrire pour être publié, diffusé et lu par les autres, écrire pour des lecteurs connus ou inconnus, écrire en apposant sa signature… c’est aussi se confronter à des exigences nouvelles de qualité d’écriture, écrire bien, écrire sans faute, écrire en respectant des règles et des consignes, écrire un texte original qui portera une marque personnelle en retraçant un vécu, un reportage, une rencontre, une expérience ou une idée… et puis, parfois, finir par écrire pour soi-même, pour se faire plaisir, pour le désir de construire du texte, de créer, d’exprimer un message, une émotion, un sentiment

motivation pour la lecture. lire ce qui a été écrit par soi-même et par les autres, apprécier et critiquer les écrits, découvrir des règles nouvelles d’écriture, confronter et comparer les écrits, se demander qui a écrit, comment et pourquoi… lire pour trouver des idées, lire pour préparer une rencontre, un reportage, un événement… lire pour découvrir, et pour apprendre.

motivation pour l’utilisation d’outils de recherche et des tices. rechercher pour un objectif concret et réel, préparer rencontres, reportages ou conférences avec une recherche internet, recherches thématiques ou d’actualité, approfondies par l’utilisation des langues étrangères pour les projets d’ouverture européenne, diversifier l’utilisation des moteurs de recherche, recenser, trier et classer les résultats d’une recherche, éliminer les données obsolètes ou inutiles, confronter ses résultats avec les autres.

autonomie. l’objectif d’écriture étant fixé, les phases de préparation à l’action sur le terrain, de recherches préalables, du reportage lui-même, du traitement des données recueillies, des traductions parfois, de la rédaction finale, du choix des documents iconographiques d’accompagnement du texte, de la relecture et des corrections, se dérouleront avec une autonomie progressive sur l’année ou les années scolaires, d’autres lycéens plus expérimentés et les enseignants coordinateurs du reportage viendront en appui.

développement des responsabilités. la signature du texte, les traces d’un document publié, et la multitude de lecteurs, sont autant de critères qui renforcent l’application et la vigilance à cette production écrite… l’engagement de chacun est fixé par ce contrat moral qu’impose un départ en reportage, être le plus pertinent possible lors d’une interview pour recueillir le maximum de données, boucler impérativement l’écriture de l’article par égard aux autres, personnalités rencontrées et lecteurs futurs du reportage… contrat moral et souvent tout autant intérieur, mené par le désir de réussir cette forme de défi d’écriture, de réussir le mieux possible, d’être soi-même satisfait de ce travail tout autant que les autres, lecteurs, puissent l’être.

ouverture citoyenne. découverte du monde, des autres, des lieux et des évènements, découverte des hommes en société, des injustices, des inégalités, des droits de l’homme parfois bafoués, reniés ou transgressés… découverte des autres et des différences, d’un monde au-delà d’un modèle unique… découverte d’un sens critique, militant et citoyen.

ouverture associative. le journal lycéen est une structure, une association, un groupe, avec des règles, des lieux, des rôles, des partages de responsabilités… des impératifs et des contraintes aussi, financières, matérielles, logistiques, relationnelles, éthiques, les membres de ce groupe se doivent de les respecter et de les faire respecter.

projet personnel et professionnel. choisir ses expériences de reportage et d’écriture en fonction de ses propres choix d’avenir personnel et professionnel, le journal lycéen permet une multitude de liens entre le projet individuel de l’élève et le projet global, collectif de l’équipe… chacun apporte sa pierre à la construction de l’édifice rédactionnel, ses passions, motivations, centres d’intérêt, ses interrogations, ses désirs, ses projets…

projet collectif. travailler avec les autres, travailler dans un groupe constitué, normalisé et reconnu pour œuvrer à la constitution d’un projet collectif… débattre et décider en commun d’une orientation générale, établir et mettre en place des projets en commun, intervenir, négocier et rechercher des consensus, se confronter aux idées des autres, se comporter avec respect pour les règles démocratiques,

apprentissages différenciés et remédiation. lacunes et difficultés de chacun, désirs et passions des uns et des autres, les chemins de remédiation sont de toute évidence individuels… des parcours scolaires différents, des situations sociales et psychologiques uniques, des besoins, des objectifs et des demandes personnalisés, tout apprentissage ne peut qu’être différencié pour demeurer pertinent… le journal lycéen offre des outils individuels, des situations de travail, de communication, d’expression et de vie scolaire personnelles… le rôle des enseignants coordinateurs est de favoriser l’adéquation de ces outils et de ces situations avec le besoin et le projet personnel de chacun.

réconciliation scolaire et poursuite d’études. refus de l’école, rejet de l’enseignement général, vécu scolaire en situation d’échec et parfois d’humiliation, choix plus ou moins forcé d’études " courtes " en lycée professionnel… la réconciliation par une certaine forme de différence des apprentissages, tant il est inutile de renouveler un processus scolaire déjà et souvent mal vécu ou rejeté… la réconciliation par une mise en valeur et une recherche de motivation suscitée par le nouvel environnement professionnel… la réconciliation jusqu’à convaincre que la poursuite d’étude est à nouveau possible, que la culture appartient à tous, que l’éducation la voie de réussite pour tout avenir citoyen et professionnel.

acteurs et non consommateurs. un projet qui se construit avec le lycéen en " côte à côte " et non " en face à face " selon la formule de Philippe Meirieu, et au-delà de cette formule avec des lycéens acteurs de leur formation, de leur scolarité et de leurs projets et non consommateurs d’actions ponctuelles dictées par l’enseignant, de voyages scolaires, ou de sorties découvertes de fin d’année scolaire… construire avec les lycéens et les intégrer à toutes les phases d’un projet, c’est aussi donner de nouvelles règles de vie dans l’école, se doter de nouveaux lieux, utiliser les inter-classes, les cours de récréation, informer, se réunir et se rencontrer en dehors de l’espace heure de cours.

COMMENT écrire un journal lycéen ?

Un environnement à inventer et à constituer au gré des années,

travail interdisciplinaire et équipe pédagogique cohérente

projet professionnel en relation étroite avec le métier (bijouterie)

approche pédagogique différenciée et pédagogie de projet

intégration du journal lycéen au projet d’établissement

structures institutionnelles de conseil, clemi, daric…

local associatif et équipement informatique

utilisation des espaces-temps hors scolaires (récréations…)

cadre scolaire et cadre vie scolaire

structure interne de coordination et d’information

outils d’évaluation

association des autres membres de la communauté scolaire

maquette et édition

directeur de la publication

déclaration officielle au procureur de la République

numéro de commission paritaire

affranchissement postal et routage

budget, autofinancement et subventions

fichier abonnement et diffusion

relations milieu professionnel

relations parents d’élèves

relation presse professionnelle

relations institutions éducation nationale

relations européennes et internationales

et des outils d’écriture et de techniques rédactionnelles.

éditorial

reportage

entretien et interview

enquête

témoignages

chronologies

bibliographies

manifeste

textes injonctifs

compte-rendu conférence

compte-rendu exposition

rapport de stage en entreprise

sondage

lettre et écrits épistolaires

correspondances

calendriers

biographies

autobiographies

textes poétiques

brève

journal de bord

récit

bande dessinée

portrait

caricature et ironie

description d’objets

inventaires

histoires à suivre

jeux d’écriture

fictions et " fausses " fictions

titres, sous-titres, chapeaux, et légendes

cartographie

données numériques

dessin de presse

photographie de presse

couverture et Une

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Jean-Pierre Marcadier

LP. Jean Guéhenno. académie Orléans-Tours

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