Le contexte historique

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ÉMIGRANTS VERS LE "NOUVEAU MONDE"

IMMIGRANTS AUX ÉTATS UNIS.


Pesées globales

Avant 1840, l'apport de l'immigration internationale est faible. Il augmente ensuite.
Les deux décennies de plus grande immigration sont les années 1880-1890 et 1900-1910 ( 5 millions et 6 millions).
Au total, l'immigration explique environ 1/3 de l'accroissement annuel décennal de la population aux États Unis entre 1820 et 1920.
C'est au lendemain de la première guerre mondiale qu'une politique restrictive se fit jour avec les lois des quotas de 1921 et 1924. Elles réduisirent le nombre et contrôlèrent l'origine des nouveaux venus. (La loi de 1921 prévoyait l'entrée de 3% du nombre des personnes déjà établies).


Qui ?

Ces immigrants étaient "les enfants du capitalisme" (John Bodnar). Ils avaient émigré à la suite des transformations économiques et sociales nées des bouleversements induits par le triomphe du capitalisme industriel et commercial dans leur pays natal.
C'est le cas pour une grande vague de migrants (1840-1880) venus surtout d'Europe du nord e t de l'ouest, chassés par la commercialisation de l'agriculture, le déclin de l'artisanat et l'expansion démographique.
Puis une deuxième vague (1880-1920) apporte des arrivants d'Europe centrale , orientale, méridionale mais aussi du Mexique, du Canada, d'Asie : italiens, juifs de Russie et d'Europe centrale, canadiens français, chinois, japonais. Souvent, des motivations politiques s'ajoutent aux raisons économiques de l'émigration.
Ces deux vagues d'origines différentes sont comparables par les origines rurales , par l'expérience commune du voyage transatlantique, par le souci de la réussite économique et par leur regroupement dans les villes des USA.


Ils ont apporté le pays natal.


Ils ne sont pas des déracinés. Ils sont des "transplantés". Ils ont conservé des liens avec leur région d'origine (épistolaires ou familiaux). Aux États-Unis, ils ont souvent fait usage de solidarités familiales ou de groupes qu'ils ont importées.
Ils ont apporté leur "pays", leur province, avant même leur Nation.
Par exemple, la communauté allemande est faite de clivages religieux (entre immigrants catholiques, protestants, juif, libres penseurs ) ; de clivages sociaux (l'élite, la classe moyenne d'ouvriers qualifiés, les boutiquiers, les ouvriers) et ethniques (bavarois, prussiens, hessois, badois).
Ils fondent des institutions ethniques, d'abord religieuses : églises catholiques irlandaises, bavaroises, polonaises, italiennes, temples luthériens allemands ou synagogues juives. Ces institutions sont dotées d'écoles qui répondent aux aspirations de groupes ethniques précis. Elles assurent l'intégration dans le "nouveau monde" et dans le même temps sont un facteur de fragmentation de la société américaine.
Hors les églises , chaque groupe a créé ses institutions d'entraide, de secours mutuel et de sociabilité en fournissant de nombreux services (assurances, frais funéraires, chômage ) et en renforçant les liens et les solidarités ethniques. Par exemple : les juifs adhéraient à l'ordre de B' nai B' rith, les canadiens français de la nouvelle Angleterre étaient membres de la Société Saint Jean-Baptiste, les italiens appartenaient à l'Ordre des fils de l'Italie en Amérique…
Les activités de ces associations contribuaient comme la presse ethnique à la préservation des identités, même si on ne reste pas longtemps "étranger" parce qu'on a été naturalisé.

Ainsi sont nés aux États unis des petits morceaux d'Italie, de Chine, d'Irlande, d'Allemagne, de Mexique. A travers les campagnes du centre ouest les granges rouges irlandaises se voient de loin. A New York ou à San Francisco, des rues entières sont animées par les restaurants italiens. Les Chinatown offrent leurs spécialités gastronomiques et leurs parfums…

Creuset, assimilation ; sans doute, mais homogénéité, non.
Tous ont le sentiment d'appartenir à une grande nation, mais ils recherchent la fraternité des compatriotes dans la résidence, le mariage, la pratique religieuse. Ils ne s'en écartent que pour les besoins du travail. Les secondes générations iront plus loin.

Aujourd'hui encore le creuset américain ( The melting pot) est autant un mythe qu'une réalité.

Fiche établie par Michel Picard,

professeur d'histoire

au lycée Marguerite de Navarre à Bourges